LE MOT DE TAKENORI NEMOTO

Première page de « Ryojô (En voyage) » de Sakutarô Hagiwara

Thème 2018 / French touch 

Je désire aller en France,

Mais la France est trop loin. 

Ainsi commence le plus célèbre poème de Sakutarô Hagiwara, père de la poésie moderne japonaise, admirateur de Baudelaire, qui n’a jamais réussi à venir en France malgré son désir le plus cher, à une époque où le voyage vers l’Europe était synonyme d’une aventure hors normes pour des extrême-orientaux dont faisaient partie des Japonais. 

Bien que l’art ait connu, dans sa longue histoire, mille autres contrées proches et lointaines, et que les artistes contemporains continuent à explorer d’autres métropoles comme Tokyo, New-York, Berlin et Londres pour s’établir, la France et sa capitale « ville lumière » restent pour beaucoup d’entre eux un objet de désir et de fantasme presque charnel, qui les attire comme des pêcheurs envoûtés par le chant des sirènes. 

Pour de nombreux artistes étrangers comme Chopin, Picasso, van Gogh, Stravinski, Nijinski, Foujita, Modigliani… la France était plus qu’un simple lieu de passage. Ils la considéraient comme leur patrie d’adoption, une terre fertile où toutes les initiatives artistiques étaient permises, et où ils pouvaient cultiver leurs différences tout en assimilant un certain « art français (musical, littéraire, pictural et culinaire) » qui a conquis le monde entier depuis des siècles par son hospitalité et par son ouverture d’esprit. Être français n’est pas une histoire de l’arbre généalogique mais bien un état d’esprit où la liberté de penser, de s’exprimer et de transmettre sublime l’art dans son entier depuis toujours. Alors privilégions le symbole de « French touch » qui transcende la création artistique à travers nos valeurs traditionnelles, face à la montée de « France first » qui risque de nous enfermer dans un microcosme moribond…

Takénori Némoto

Directeur artistique

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