LE MOT DE TAKENORI NEMOTO

Thème 2019 / Racines 

Emprisonnée dans la boue, et privée de lumière et d’oxygène, la racine de lotus est pourtant reliée, grâce à plusieurs trous d’oxygénation traversant tout le rhizome, au monde extérieur qu’elle a à priori peu de chance de connaître.

Bien que nous ayons peine à croire que cet étrange tubercule brunâtre à l’aspect curieux soit relié à cette fleur d’une blancheur immaculée tant convoitée par différents cultes, la fleur de lotus a bien besoin, comme n’importe quelle autre plante sur terre, d’avoir ses racines bien déployées qui absorbent et accumulent beaucoup d’énergie pour éclore au-dessus de l’eau.

Symbole de la sagesse depuis l’Antiquité à travers de nombreuses civilisations, et vénérée notamment par des bouddhistes qui considèrent ceux qui croient en la Loi merveilleuse comme étant « non souillés par les affaires de ce monde, comme la fleur de lotus dans l’eau », ce contraste entre le visible et l’invisible nous donne à réfléchir sur la valeur fondamentale de la vie et nous alerte sur le danger de la société moderne qui donne trop souvent, d’une manière outrageante, l’importance démesurée à l’aspect extérieur.

Pour un déraciné que je suis, ayant quitté mon pays natal il y a presque vingt-sept ans, et considéré par mon entourage comme modèle de la réussite de l’intégration, un sujet ô combien sensible dès lors que nous évoquons la présence des étrangers sur notre sol, cette image de lotus ayant à la fois des pieds dans la boue et des fleurs ravissantes en l’air, me fait prendre conscience que, non seulement nous ne pourrons jamais nous épanouir dans la vie sans savoir d’où nous venons mais aussi, bien que je me sois enraciné en France en épousant sa culture et ses traditions, mes racines se trouvent toujours à 10 000 km d’ici et m’alimentent sans cesse mes inspirations créatrices.

Comme moi, de nombreux compositeurs n’ont jamais oublié leurs origines, s’intéressant à la musique traditionnelle, à la religion, à la mythologie ou à la littérature. Et comme moi, ces créateurs ont toujours soif de connaître d’autres cultures, apportées par des personnes venant d’ailleurs, sans jamais avoir peur de l’inconnu. Aujourd’hui, cette peur grandissante remporte trop souvent sur la bonté et la générosité que l’humanité a sans cesse essayé de préserver, et l’homme s’isole en fermant sa porte à d’autres, en pensant que ce geste lui permettra de se protéger. Mais comme aucune plante ne s’appelle mauvaise herbe, et que chaque plante participe au bon équilibre du cycle de la nature, il n’y a pas de hiérarchie entre les hommes. Chaque individu donne ainsi, avec l’énergie qu’il a puisée dans ses racines, une fleur, peu importe qu’elle soit grande, petite, exubérante ou invisible, mais qui apporte toujours quelque chose à l’humanité.

Ouvrons les yeux, ouvrons les oreilles, ouvrons les bras.

 

Takénori Némoto

Directeur artistique

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