L’ÉDITO DE TAKENORI NEMOTO

Thème 2020 / Joie !

« L’homme se regarde dans sa joie comme dans un miroir, et il ne se reconnaît pas, l’imbécile ! (Georges Bernanos) »

Les imbéciles que nous sommes, l’homme moderne a oublié la joie d’habiter sur cette terre qui regorge de vie depuis 4,5 millions d’années, avec quelques 1 000 milliards d’espèces dont l’homme, qui n’est, rappelons-le, qu’un petit dernier-né.

Bien que l’humanité possède tout le savoir pour s’épanouir dans la vie, elle bat de l’aile depuis des décennies : la misère grandit, la guerre éclate et l’argent domine le monde. Et comme durant toutes les périodes de déclin civilisationnel que l’humanité a connues dans le passé à maintes reprises, l’homme cherche désespérément des boucs émissaires, se réjouit du malheur des autres, s’entretue dans des conflits de plus en plus impitoyables, et court vers un mirage d’un paradis lointain en piétinant ceux qui sont à terre. Il ne cherche plus sa joie dans l’altruisme où le don de soi procure une profonde satisfaction, mais dans le capitalisme effréné où se sentir heureux consiste à posséder plus que les autres et à construire des murs tout autour afin de se protéger.

Le progrès a-t-il rendu l’homme sourd, muet et aveugle ? Comment la classe politique ose-t-elle faire semblant de ne pas entendre les gémissements douloureux de la dame nature, de ne pas savoir porter sa voix pour alerter la population sur ces irrécupérables dégâts, et de ne pas regarder en face cet état d’agonie dans lequel se retrouve aujourd’hui notre planète ?

Bien que le monothéisme, sur lequel la grande partie de la civilisation moderne a construit sa culture, ait imposé dès le départ une conception selon laquelle l’homme a été façonné à l’image du « Créateur », en lui donnant une supposée suprématie vis-à-vis de la nature, l’animiste que nous avons été (et certains le sont toujours, comme moi) bien avant le règne du monothéisme, vénérait la nature, contemplait les saisons défiler, admirait de magnifiques paysages, observait des oiseaux migrateurs dans le ciel, s’extasiait devant des fleurs sauvages, s’abreuvait à la source d’eau, s’imaginer partir aux confins de l’univers sous la voûte céleste, s’entre-aidait, rirait et partageait des repas ensemble… Le divin avait un autre visage que celui qui punit ceux qui ne croient pas en lui ou ceux qui croient en autre chose, et l’homme vivait dans sa joie, en se reconnaissant dans son reflet.

Est-il encore temps ? Espérons-le. Si la terre nous laisse les choix, il ne faut pas hésiter à réagir dès maintenant afin de retrouver ce « sentiment de plaisir, de bonheur intense (Larousse) » avant que cette joie de vivre soit engloutie par le désespoir de la fin du monde…

Takénori Némoto
Directeur artistique

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